Séminaire Genre et catholicisme – CIERL/STRIGES. Maison des Sciences Humaines – Février-juin 2022

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Affiche du séminaire

L’intérêt de faire se rencontrer les études de genre et des religions est aujourd’hui bien établi : la grille d’analyse du genre est fondamentale pour comprendre les religions, entendues comme des faits sociaux complexes (Rousseau 2014). Mais le genre résonne également d’une manière toute particulière dans les discours religieux, de par ses implications (bio)éthiques, et son potentiel de subversion des normes (cis)genrées et (hétéro)sexuelles : bien plus qu’une grille de lecture, le genre est aussi un acteur des questions religieuses d’hier et d’aujourd’hui (Della Sudda et Bréjon de Lavergnée 2014). Dans les sociétés contemporaines, genre et religion sont, tous deux, des marqueurs de conflit social, de controverse culturelle et de contestation politique (Korte et Van den Brandt 2021).

 

     Pour sa première édition, la proposition de ce séminaire est d’explorer quelques-unes des nombreuses pistes de recherche qui s’ouvrent à l’intersection des études de genre et du catholicisme. Les identités de genre, tout comme les identités, traditions et institutions catholiques, sont envisagées comme des données variables, instables, historiquement mouvantes, socialement situées et engagées dans des processus de changements complexes, qui nécessitent d’être étudiées dans leurs contextes spécifiques (Van Osselaere 2013 p. 12-14). Le genre, comme « façon première de signifier les rapports de pouvoir » (Scott 1986), est aussi indissociable d’une intention critique, de l’identification de hiérarchies sociales et de mécanismes de domination. Il est en cela complémentaire d’autres grilles d’analyse, en termes de classes sociales ou de ‘race’ (Crenshaw 1991), qui, toutes ensemble, permettent de renouveler les regards portés sur le religieux et la « sécularisation » des sociétés (Willaime 2006).

 

     Si les études de genre et du catholicisme se sont longtemps ignorées (King, 2004), depuis quelques décennies les travaux qui combinent ces approches se sont multipliés : l’attention des chercheur.euses s’est tour à tour portée sur la dimension genrée des pratiques et des croyances, sur l’influence des traditions religieuses dans l’élaboration ou le renforcement de normes de genre (Airiau 2007, Van Osselaer 2013), mais aussi sur les marges de négociation (Becci et al. 2019, Rochefort et Sanna 2013), et sur la réaction des acteurs et actrices catholiques à la contestation de ces normes (Carnac et al. 2019, Kuhar et Paternotte 2018). De nombreux champs d’études – féministes, queer, des sexualités, des masculinités – ont pris pour objet le monde catholique, pour porter le regard vers de nouveaux sujets jusqu’alors restés en marge.

 

      Les difficultés de l’interdisciplinarité restent cependant nombreuses, et c’est cet objectif que ce séminaire s’est fixé : favoriser les rencontres entre ces différents champs disciplinaires et celles et ceux qui les pratiquent, partager des questionnements méthodologiques ou théoriques, et stimuler l’intérêt des chercheur.euses à s’aventurer sur ces terrains en friche de la recherche. Pour ce faire, nous souhaitons ouvrir un espace de discussion qui nous permette de dépasser les formats courts habituels des colloques, un temps pour présenter nos recherches en cours sans faire l’impasse sur la méthode et les difficultés rencontrées, et surtout une possibilité d’échange et de retours constructifs pour de jeunes chercheur.euses dans un cadre bienveillant.