Soutenance de thèse par Caroline Sägesser : "Le temporel des cultes dans la Belgique du XIXe siècle : Législation, règlementation, jurisprudence et pratique"

Le 9 décembre 2013, Caroline Sägesser a soutenu sa thèse de doctorat intitulée Le  temporel  des  cultes  dans  la  Belgique  du  XIXe  siècle :  Législation,  réglementation, jurisprudence  et  pratiques (promoteur:  Jean-Philippe  Schreiber). 

 

 

Caroline  Sägesser travaille  actuellement  pour  l’Observatoire  des  Religions  et  de  la  Laïcité.  Ses thèmes    de    recherche    sont    le    financement    public    des    organisations convictionnelles en Belgique et dans les pays de l’Union européenne, l’éducation religieuse et morale dans l’enseignement obligatoire, ainsi que les relations entre Églises et États en général. 

 

 

Résumé  de  la  thèse  (CS) :

 

Le  régime  belge  des  cultes  s’établit  en  1831  à  la  fois dans  la  rupture  et dans  la  continuité.  L’indépendance  des  cultes,  garantie  à l’article 16 de la Constitution, rompt avec l’autoritarisme des régimes précédents à  l’égard  de  l’Église  catholique,  tandis  que  le  maintien  du  financement  public, pérennisé  dans  l’article  117,  s’inscrit  dans  la  continuité  avec  les  dispositions  du Concordat napoléonien. Dans  ce  régime,  cumulant les  avantages  de  l’union  avec  les  bénéfices  de l’indépendance selon  les  mots  du  pape  Léon  XIII,  la  tension  entre  ces  deux principes,  indépendance  et  financement  public,  article  16  et  article  117,  va  se manifester   à   travers   l’évolution   des   règles   législatives,   réglementaires   et jurisprudentielles   du   temporel   des   cultes.   En   particulier,   la   nécessité   de reconnaître  des  organes  représentatifs  pour  les  différents  cultes  minoritaires  et les  adaptations  des  règles  de  fonctionnement  des  fabriques  d’église  y  trouvent leur source.

       Les règles relatives au temporel des cultes sont ici étudiées pour la période 1830-1900,  essentiellement  à  travers  les  archives  du  département des  cultes  (SPF Justice),  les  documents  parlementaires  et  les  archives  de  la  ville  de  Bruxelles. Elles sont exposées minutieusement pour les quatre cultes reconnus à l’époque, catholique, protestant, israélite et anglican, et contextualisées avec les évolutions politiques du XIXème siècle. Si  les  politiques  de  gestion  du  temporel  des  cultes sont  effectivement  différentes  durant  la  période  unioniste  (1830-1848),  sous l’emprise   de   cabinets   libéraux   ou   catholiques,   les   évolutions   constatées demeurent,  in fine, relativement    marginales.    La    contrainte    du    cadre constitutionnel,  paré  au  XIXème  siècle  d’une  véritable  sacralité,  le  rapport  de force   politique   globalement   défavorable   aux   anticléricaux,   mais   surtout   la conviction  des  uns  comme  des  autres  que  la  religion constituait  un  facteur indispensable  au  maintien  de  l’ordre  public,  expliquent  que  le  système  de financement  public  des  cultes  se  soit  maintenu  tant  dans  le  paiement  des traitements  des  ministres  des  cultes  que  dans  le  soutien  apporté  aux  fabriques d’église, et, après 1870, aux organisations assimilées pour les autres cultes.

       À  côté  de  l’intérêt  historique  de  cette  étude,  il  faut  souligner  que  les  principales dispositions   qui   régissent   le   financement   public   des   cultes   sont   encore aujourd’hui basées sur la loi de Germinal an X, le décret impérial de 1809 sur les fabriques   d’église   et   la   loi   du   4   mars   1870   sur   le   temporel   des   cultes. L’application  et  l’adaptation  de  ces  dispositions  telles  qu’elles  ont  été  faites  au XIXème  siècle  détermine  encore  largement  la gestion  du  temporel  des  cultes dans notre État fédéral en ce début du XXIème siècle.